Commercial · Le fournisseur qui ne rouvre jamais sa grille — Dans de nombreux contrats-cadres B2B, un fournisseur en position quasi exclusive maintient une grille tarifaire inchangée au renouvellement, refusant de la rediscuter au motif qu'elle s'applique « à tous les clients ». Le client, dépendant pour son approvisionnement et pressé par ses propres délais, finit par resigner aux conditions existantes. Ce schéma illustre la mécanique décrite par Rubinstein : la partie dont le coût d'attente est le plus faible — ici le fournisseur — dicte le partage. Il illustre aussi son revers : le client qui a subi ce blocage cherche méthodiquement, dès l'année suivante, un second fournisseur, faisant du gain de court terme une perte de long terme.
Politique · Le lock-out NBA de 2011 — Lors du lock-out de la NBA en 2011, les propriétaires de franchises maintinrent une position durcie, refusant de dépasser un partage 50-50 des revenus avec les joueurs et affichant, par la voix du commissaire adjoint Adam Silver, que « notre position n'a pas changé ». Le directeur du syndicat des joueurs quitta une réunion fin octobre, déclarant s'être senti « snookered » (piégé). Les propriétaires, financièrement plus à même de supporter l'arrêt qu'une majorité de joueurs privés de salaire, laissèrent le temps travailler : une partie de la saison régulière fut annulée avant qu'un accord ne se conclue largement sur les termes voulus par les franchises. Cas documenté d'usure par l'asymétrie de patience appliquée à un conflit collectif.
Diplomatique · Les conflits gelés et la tactique de l'attente — En diplomatie, la tactique du délai est un classique documenté : une partie qui anticipe une position plus favorable dans le futur — ou qui juge l'existant acceptable — refuse de bouger et laisse le dossier stagner. Les négociations sur les conflits gelés reposent souvent sur ce calcul : la partie qui contrôle de fait le terrain existant n'a aucun intérêt à changer le statu quo et laisse s'épuiser les initiatives adverses. La recherche en science politique et la littérature sur le marchandage rappellent que celui qui affiche la plus grande tolérance au temps long détient un levier structurel, indépendamment du contenu des arguments échangés.
Judiciaire · La partie qui fait durer la procédure — Dans le contentieux, une partie financièrement solide et sans urgence peut instrumentaliser la lenteur procédurale — multiplication des exceptions, demandes de renvoi, recours dilatoires — pour épuiser un adversaire moins doté, contraint par ses propres coûts. Le calcul est celui du statu quo forcé : maintenir l'état existant du litige jusqu'à ce que le coût d'attente de l'autre le pousse à une transaction défavorable. Les codes de procédure sanctionnent d'ailleurs les manœuvres purement dilatoires, preuve que la tactique est suffisamment répandue pour être encadrée. Son efficacité tient à l'asymétrie de ressources et de patience entre les plaideurs.
Entreprise · La NAO qui n'ouvre pas d'enveloppe — Dans les négociations annuelles obligatoires, il est fréquent qu'une direction laisse se dérouler le calendrier légal des réunions en répétant qu'« aucune enveloppe n'est disponible cette année », sans jamais formuler de mouvement. Le pari est celui de l'essoufflement : la mobilisation des représentants du personnel s'érode réunion après réunion, jusqu'à ce que le statu quo salarial soit acté faute d'accord. La recherche sur les tactiques d'atermoiement souligne cependant que cette approche se retourne souvent : elle alimente frustration, défiance et parfois grève, dégradant l'attractivité même de l'accord recherché et le climat social des exercices suivants.
Vie quotidienne · L'indivision qu'on laisse pourrir — Dans une succession en indivision, l'héritier qui occupe le bien commun se trouve dans un statu quo confortable : il n'a rien à gagner à vendre ou à racheter les parts, tandis que ses cohéritiers, eux, ont besoin de liquidités ou de tourner la page. En refusant tout mouvement et en laissant l'indivision perdurer, il use la détermination des autres, qui finissent souvent par accepter une sortie à ses conditions. Le revers est bien connu des notaires et des juges : la fracture familiale devient durable et le recours au partage judiciaire peut renverser l'avantage, le juge ordonnant la licitation du bien.