Commercial · Malcolm Glazer et Manchester United : l'acquisition tranche par tranche (2003-2005) — Plutôt qu'une offre unique qui aurait uni les résistances, Malcolm Glazer a acquis Manchester United par accumulation de parts. Première tranche le 2 mars 2003 : environ 9 millions de livres pour 2,9 % du capital via la holding Red Football. Fin 2003, la participation passe de 3,17 % à près de 15 %, puis dépasse 19 % à l'été 2004. Chaque achat, trop faible pour déclencher une réaction décisive, a préparé le suivant, jusqu'au rachat de la part de Cubic Expression portant Glazer à 56,9 % et déclenchant l'offre obligatoire. Le 16 mai 2005, malgré l'opposition farouche des supporters, la prise de contrôle est acquise : un saucissonnage patient a réussi là où un assaut frontal aurait échoué.
Politique · Les salami tactics de la Guerre froide selon Schelling — Thomas Schelling a théorisé, à partir des manœuvres de la Guerre froide, la façon dont les puissances érodaient la sphère d'influence adverse par degrés imperceptibles. Sa formule est devenue canonique : commencer une intrusion « à une échelle trop faible pour provoquer une réaction, et l'accroître par degrés imperceptibles, sans jamais présenter le défi soudain et dramatique qui appellerait une riposte engagée ». Chaque avancée, prise isolément, ne justifiait pas une escalade coûteuse ; leur somme redessinait pourtant la carte. Cette lecture éclaire nombre de conflits de faits accomplis où l'agresseur avance sous le seuil de réaction du camp adverse.
Diplomatique · L'érosion des lignes rouges par faits accomplis successifs — En stratégie internationale, la tactique du salami décrit l'avancée par petits pas d'un acteur qui repousse la frontière du tolérable sans jamais franchir en une fois le seuil qui déclencherait une réponse unie. Chaque pas isolé — une zone contestée occupée, un poste avancé, un précédent créé — paraît trop mineur pour justifier un affrontement majeur, si bien que la partie adverse repousse sa réaction « à la prochaine fois ». La difficulté centrale, comme l'analyse la littérature stratégique, est que la ligne rouge n'est jamais nettement franchie : elle est grignotée. Le camp qui subit se retrouve, tranche après tranche, devant un rapport de force transformé qu'aucun épisode isolé n'aurait suffi à imposer.
Judiciaire · La stratégie procédurale d'épuisement de la partie adverse — Dans certains contentieux, une partie disposant de moyens supérieurs multiplie les incidents de procédure : requêtes, demandes de report, appels sur points mineurs, échanges de conclusions répétés. Aucun acte, pris isolément, n'est illégitime ; leur accumulation vise à épuiser financièrement et nerveusement l'adversaire jusqu'à ce qu'il accepte une transaction défavorable pour en finir. Cette pratique, connue des praticiens sous le nom d'usure procédurale, illustre le harcèlement dans un cadre légal : la victoire ne vient pas d'un argument décisif mais de la lassitude provoquée par la répétition. Les juridictions tentent d'en limiter les abus par des sanctions pour procédure abusive, précisément parce que chaque acte isolé reste sous le seuil de la faute.
Entreprise · Le scope creep : l'extension progressive du périmètre d'un projet — Un client commande une prestation à périmètre défini, puis, prestataire engagé, ajoute au fil de l'eau des demandes « rapides » : une fonctionnalité ici, une modification là, un ajustement « pendant qu'on y est ». Chaque requête, trop petite pour justifier un avenant formel, est accordée pour préserver la relation. Ce phénomène, nommé scope creep en gestion de projet, est un cas typique de harcèlement involontaire ou délibéré : la charge réelle dérive loin du cahier des charges initial sans qu'aucune demande isolée n'ait paru abusive. La parade reconnue par les chefs de projet est de consigner et facturer chaque évolution dès le premier écart, rétablissant le seuil de réaction que le fractionnement avait fait disparaître.
Vie quotidienne · Le grignotage des règles à la maison — Un enfant accepte l'heure du coucher, puis réclame chaque soir « juste dix minutes de plus », un verre d'eau, une dernière histoire, une exception « parce que c'est vendredi ». Aucune demande ne mérite à elle seule un affrontement ; le parent, fatigué, cède au coup par coup. Semaine après semaine, la règle initiale a fondu sans qu'aucune décision explicite ne l'ait révisée. Ce mécanisme domestique est l'illustration la plus répandue du harcèlement : la victime perçoit des concessions raisonnables et isolées, jamais la dérive d'ensemble. Les approches éducatives recommandent de poser une règle claire et de refuser la renégociation au coup par coup — c'est-à-dire de restaurer la limite globale que le grignotage cherche à dissoudre.