Commercial · Justice for Janitors : la SEIU passe par les propriétaires — Incapable de négocier de meilleurs salaires avec une myriade de sous-traitants de nettoyage éparpillés, le syndicat américain SEIU a retourné le problème dans sa campagne « Justice for Janitors ». Plutôt que d'affronter des employeurs insaisissables, il a ciblé les propriétaires d'immeubles — souvent des foncières cotées et des fonds de pension — en leur demandant d'adopter des politiques de « contractant responsable » imposant salaires et couverture santé décents. Le relais par le donneur d'ordre final, qui avait un ascendant contractuel réel sur les sous-traitants, a débloqué des situations que l'affrontement direct laissait figées. Cas documenté et étudié comme référence d'action syndicale par la pression indirecte.
Politique · Le vote actionnarial contre la double casquette de Jamie Dimon (2013) — Pour peser sur la gouvernance de JPMorgan Chase, des opposants n'ont pas plaidé directement auprès du dirigeant : ils ont mobilisé des fonds de pension liés à des syndicats pour porter, lors de l'assemblée générale 2013, une résolution visant à séparer les fonctions de président du conseil et de directeur général de Jamie Dimon. Le relais consistait à faire porter la contestation par des actionnaires légitimes, seuls habilités à voter en AG, et à caler l'offensive sur la date verrouillée de l'assemblée. La résolution n'a pas emporté la majorité, mais l'épisode illustre le mécanisme : déplacer la pression vers les acteurs détenant le vrai levier de gouvernance, à l'échéance qui compte.
Diplomatique · La navette de Kissinger après la guerre d'octobre 1973 — Après la guerre d'octobre 1973, Israéliens, Égyptiens et Syriens ne pouvaient négocier directement. Le secrétaire d'État américain Henry Kissinger a pratiqué la « shuttle diplomacy » : faisant la navette entre les capitales, il portait offres et contre-offres, devenant l'unique canal entre des adversaires qui ne se parlaient pas. En janvier 1974, il obtint en huit jours un premier accord de désengagement égypto-israélien ; en mai, après plus d'une douzaine de voyages à Damas en un mois, un désengagement israélo-syrien sur le Golan. Le relais humain, en séquençant les offres au rythme des échéances militaires mouvantes, a rendu possible un accord que la confrontation directe interdisait.
Judiciaire · Le boycott Nestlé et le recours à l'autorité de l'OMS (1977-1984) — Face au refus de Nestlé de modifier son marketing agressif du lait infantile, les militants n'ont pas cherché à négocier seuls avec l'industriel. Ils ont organisé un boycott international (1977) et surtout adossé leur exigence au Code de commercialisation de l'OMS adopté en 1981, transformant une revendication militante en norme quasi réglementaire. En 1984, après sept ans de pression convergente, Nestlé s'est engagé à respecter le Code et à cesser certaines pratiques. Le relais par une autorité normative reconnue a donné à la demande un poids que les seuls activistes ne pouvaient produire — premier boycott à faire plier une multinationale de cette taille.
Entreprise · CalPERS et la pression sur la direction de Safeway (années 2000) — Lors d'un conflit social opposant des chaînes de supermarchés californiennes à leurs salariés syndiqués, les employés n'ont pas seulement fait grève. Le fonds de pension public CalPERS, dont la présidence était proche du syndicat de l'agroalimentaire, a relayé le conflit sur le terrain de la gouvernance en réclamant publiquement le départ du PDG de Safeway qui menait la baisse des coûts salariaux. En mobilisant un actionnaire institutionnel majeur, capable de peser sur le conseil, les salariés ont ouvert un second front là où la grève seule s'essoufflait. L'épisode, largement documenté, illustre l'activisme actionnarial comme relais d'un conflit social.
Vie quotidienne · Passer par le bon interlocuteur pour débloquer un litige de service — Un client bloqué par un service client de premier niveau qui répète « c'est la procédure » applique le relais au quotidien : il cesse d'insister auprès de l'agent — qui n'a aucun pouvoir de dérogation — et demande à parler à un responsable, ou saisit le médiateur du secteur, dont l'avis engage l'entreprise. À l'approche d'une échéance (fin de garantie, délai de rétractation), la pression du bon interlocuteur, doté du pouvoir de trancher, débloque en quelques minutes ce que des heures d'insistance frontale laissaient figé. Scénario représentatif, sans propos attribués à une personne réelle.