Commercial · Le take-away en concession automobile — La vente de voitures est le terrain d'observation classique de la technique. Le rituel documenté par de nombreux formateurs et par la littérature sur la vente est celui du vendeur qui, face à un client cherchant à négocier indéfiniment, récupère la fiche de prix ou les clés du véhicule d'essai et déclare : « À ce tarif, je ne peux vraiment rien vous proposer, ce modèle n'est pas fait pour votre budget aujourd'hui. » Le retrait de l'objet désiré, au moment où le client s'y projette déjà, active brutalement l'aversion à la perte. Très souvent, le client qui menaçait de partir se met alors à défendre son envie d'acheter, inversant le rapport de force. C'est un cas d'école du take-away close : on ne retire pas le produit, on retire la disponibilité du produit à ce prix.
Politique · La chaise vide de la France (1965) — En 1965, la France du général de Gaulle applique une politique dite de la « chaise vide » : opposée au mode de financement de la politique agricole commune et au passage au vote à la majorité qualifiée, elle cesse de siéger au Conseil des ministres de la Communauté économique européenne pendant environ sept mois. Ce retrait organisé paralyse une partie du fonctionnement communautaire. La crise se dénoue en janvier 1966 par le compromis de Luxembourg, qui reconnaît la possibilité, pour un État invoquant un intérêt très important, de bloquer une décision. Le retrait, ici bien réel et non simulé, a permis à Paris d'obtenir une modification durable des règles du jeu institutionnel. Il illustre aussi le risque : une absence prolongée aurait pu isoler durablement le pays.
Diplomatique · Reagan et le sommet de Reykjavik (1986) — Au sommet de Reykjavik en octobre 1986, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev sont proches d'un accord historique de réduction des armements nucléaires. Mais Gorbatchev conditionne l'ensemble à la limitation de l'Initiative de défense stratégique (le programme « guerre des étoiles ») aux seuls laboratoires. Reagan refuse cette contrainte et quitte la table des négociations, mettant fin au sommet sans accord. Ce walk-away, largement commenté, fut d'abord perçu comme un échec. Pourtant il préserva la position américaine et les discussions reprirent, aboutissant l'année suivante au traité FNI de 1987 sur les forces nucléaires intermédiaires. Le cas montre qu'un retrait sur une ligne rouge assumée peut, sur la durée, servir la négociation plutôt que la détruire.
Judiciaire · Le retrait d'une offre de règlement amiable — Dans la pratique du contentieux, notamment en common law où les transactions avant procès sont systématiques, l'avocat d'une partie formule une offre de règlement assortie d'une date d'expiration : « Cette proposition est retirée si elle n'est pas acceptée avant l'audience de mise en état. » Le retrait programmé de l'offre confronte la partie adverse au risque et au coût du procès : aléa judiciaire, honoraires, délais, publicité. La menace crédible d'aller au procès (l'équivalent d'une BATNA) donne au retrait sa force. Beaucoup de dossiers se dénouent précisément dans les jours qui précèdent l'échéance, lorsque la perspective de perdre l'accord négocié devient plus douloureuse que la concession demandée. Il s'agit d'un scénario représentatif et courant de la pratique transactionnelle, sans propos attribué à une personne identifiée.
Entreprise · Le walk-away de Pfizer et AstraZeneca (2014) — En 2014, le groupe pharmaceutique Pfizer tente d'acquérir son concurrent britannique AstraZeneca pour un montant qui atteindra environ 69 milliards de livres. Le conseil d'administration d'AstraZeneca rejette successivement les offres, les jugeant sous-évaluées et pointant les risques stratégiques et fiscaux du montage. Face à ce refus répété et à l'impossibilité, dans les règles boursières britanniques, de faire une offre hostile passé un certain délai, Pfizer se retire de l'opération. Le walk-away d'AstraZeneca, qui a préféré risquer de perdre une prime importante plutôt que d'accepter une valorisation jugée insuffisante, est régulièrement cité comme un exemple de pouvoir de dire non appuyé sur une stratégie autonome crédible.
Vie quotidienne · Le marchandage au marché aux puces — La scène est universelle et parfaitement documentée par l'anthropologie du marchandage. Un acheteur négocie un objet, propose un prix, se heurte à un refus, puis remercie poliment et commence à s'éloigner de l'étal. Dans une proportion notable de cas, le vendeur le rappelle avant qu'il n'ait fait quelques pas : « Attendez, pour vous je fais un effort. » Le geste de départ transforme, pour le vendeur, une vente probable en vente en train de lui échapper, et déclenche une dernière concession. Ce micro-retrait quotidien est la forme la plus pure et la plus ancienne de la technique : aucune parole agressive, juste le signal crédible qu'on est prêt à partir sans l'objet.